Nutrition

La viande rouge augmente-t-elle les risques de cancer?

 

Par Vincent LEGENT, coach et fondateur de https://sciencesportnutrition.com/

 

La consommation de viande rouge, en elle-même, n’augmente pas les risques de cancer. Il faut prendre en compte l’alimentation dans son ensemble, ainsi que le mode de vie. Les études tendant à affirmer l’inverse ne démontrent qu’une très faible corrélation entre consommation de viande rouge et augmentation du risque de cancer ; Une corrélation ne veut pas dire causalité.

 

Il y a également une très grande différence entre quelqu’un qui mange de la viande rouge, qui fume, et qui a un mode de vie sédentaire et un sportif souhaitant augmenter son apport en protéines.

 

Il est important de toujours remettre en question les informations qui nous parviennent, et de garder un esprit critique en toutes circonstances. Le mythe selon lequel la viande rouge donnerait le cancer s’appuie sur une étude de l’OMS, une épidémiologie observationnelle, qui est certainement plus proche d’une pseudo-science que de la science réelle.

 

Ces études sont basées sur l’observation, on prend des milliers d’individus, on leur fait remplir un questionnaire, et on les suit sur plusieurs années. Il s’agit en fait de faire parler les statistiques. Malheureusement, les pièges méthodologiques ne manquent pas.

 

Il ne faut en aucun cas confondre corrélation et causalité. Un nombre incroyable de choses peuvent être associées l’une à l’autre, sans pour autant que l’une soit la cause  de l’autre. C’est le cas de la viande rouge et du risque de cancer.

 


Viande rouge & Cancer


 

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L’étude en question provient du Centre International de Recherche sur le Cancer, une branche de l’OMS. Elle a suggéré que consommer 50g de viande rouge industrielle (c’est à dire, avec des nitrates ajoutés : saucisse, jambon, bacon…) par jour augmentait les risques de cancer colo-rectal de 18%.

 

Les médias se sont emparés de cette étude et l’ont rendu virale, la présentant comme une vérité absolue, sans tenter de la remettre en question.

 

Pourtant, il est très facile de créer du sensationnel avec des chiffres.

 

De petites différences entre de petits nombres peuvent paraître beaucoup plus grandes qu’elles ne le sont en réalité. Ces 18% correspondent en fait à un risque relatif ; pour avoir du sens, on doit les comparer à quelque chose de précis.

 

Si vous regardez cette étude de plus près, on y compare les personnes qui mangent de faibles quantités de viande rouge à celles qui en consomment de grandes quantités, et on constate en fait un risque absolu de cancer colo-rectal qui passe de 5,6% à 6,6% ; on parle donc d’une augmentation de 1%.

 

Il ne s’agit donc pas d’un risque absolu de 18%. À titre de comparaison, l’augmentation du risque relatif de cancer dû à la consommation de tabac est de plus de 2500%.

 

C’est énorme, et pourtant l’OMS classe la viande rouge industrielle aux côtés du tabac en termes de produits à risque.

 


Une étude qui repose sur la corrélation


 

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L’une des premières causes d’erreurs dans ce genre de travaux est la confusion des causes. Ainsi, si l’on prend une échelle allant des végétariens purs et durs aux consommateurs quasi-exclusifs de viande rouge, on observe que les autres facteurs de mortalité augmentent dans la même proportion que les habitudes carnivores, autrement dit, plus on consomme de viande rouge, plus on fume, on boit, plus on est sédentaire… etc.

 

Difficile dans ces conditions d’isoler uniquement la viande rouge comme le facteur augmentant le risque de cancer.

 

En réalité, des études ont prouvé que le simple fait de manger n’importe quel aliment, à n’importe quel moment, était associé à un taux plus élevé et à un risque accru de cancer du colon. Vous pouvez toujours arrêter de vous alimenter, pour voir si vous mourez plus vite qu’en prenant le risque d’augmenter de 1% vos chances de contracter un cancer.

 

Je ne veux pas donner l’impression que les études de corrélations ne servent à rien. Elles sont utiles lorsqu’il s’agit de relever des tendances, mais si l’on n’utilise pas de données mécanistes (c’est à dire suivant le modèle de la causalité, les liens de cause à effet) pour les soutenir et les corroborer, ces études seules ne valent pas grand chose.

 

Tenter d’établir une relation de causalité entre deux éléments qui sont simplement corrélés entre eux, c’est une démarche totalement irrationnelle. Pour cette étude, ils ont utilisé la méthode de l’enregistrement alimentaire, qui consiste à demander à un groupe de sujets, sur une période donnée, de noter les aliments qu’ils consomment.

 

Encore une fois, cela peut certes être utile dans certains cas, mais cette méthode comporte d’énormes limites et peut s’avérer très peu fiable. Même en supposant que sur un groupe donné, on arrive à recueillir des données parfaitement exactes, la corrélation n’a rien à voir avec la causalité.

 

Pour illustrer concrètement ce qu’est la corrélation, revenons à notre augmentation de 1%. Un nombre très élevé de variables pourraient l’expliquer : les consommateurs de viande rouge, qui sont non sportifs, ont plus de chances de fumer ; ils ont tendance à faire moins d’activité physique, à avoir un apport calorique plus haut que la moyenne, à manger moins de fibres, de fruits et légumes…

 

Toutes ces «  variables confusionnelles  », et bien d’autre encore, pourraient très facilement expliquer cette augmentation.
Il ne s’agit pas de dire que la viande rouge n’est absolument pas associée au cancer, mais qu’établir un lien de cause à effet direct entre les deux est incroyablement irréfléchi.

 

Par exemple, il y a une grande différence entre une personne qui va manger des hot dogs, du bacon, etc…et avoir un mode de vie sédentaire, comparée à une autre qui va vouloir augmenter son apport en protéines, et faire de l’exercice quotidiennement, ce qui, au passage, réduirait de manière significative les risques de cancer colo-rectal.

 

En été, le nombre de meurtres augmente, tout comme la consommation de glaces. L’augmentation du nombre de meurtres et de la vente de glaces sont hautement corrélés, mais pensez-vous pour autant que l’un et l’autre ont quelque chose en commun?

 


Techniques de prévention


 

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Évidemment, le risque est aussi associé avec la fréquence de consommation.

 

Entre manger de la viande rouge trois fois par jour, et manger deux ou trois steaks par semaine, il y a une grande différence. Il est utile de préciser qu’on peut éviter les risques en faisant attention à la façon de cuisiner la viande.

 

Il a été démontré que la cuisson à la flamme ou au barbecue étaient associées à une teneur plus élevée en agents mutagènes (et donc potentiellement cancérigènes) tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou encore les nitrosamines.

 

De manière générale, évitez de manger les aliments qui sont trop noircis.
Vous avez fait un peu trop cuire, voir même fait bruler votre viande rouge, votre poulet (ou tout autre aliment) ? Enlevez simplement la partie noircie. Voilà, vous avez substantiellement réduit l’augmentation du risque de cancer.

 

Une grande consommation de fruits et légumes est associée à une multitude d’effets protecteurs contre les cancers, notamment grâce à l’action bénéfique des antioxydants, qui aident à éliminer les radicaux libres, ces molécules instables associées au stress oxydatif, au vieillissement tissulaire, au cancer…

 


Message à retenir


 

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Corrélation ≠ Causalité

 

Pour conclure, il est important de se rappeler que ce n’est pas parce que quelque chose est corrélé avec des effets cancérigènes que cela provoquera forcément un cancer.

 

Un risque accru peut être grand ou petit, et bien que l’augmentation constatée du risque de cancer lié à la consommation de viande rouge industrielle semble pertinente, les risques sont très loin de concurrencer ceux liés à une multitude d’autre facteurs déterminants, comme par exemple la consommation de tabac ou d’alcool.

 


https://examine.com/nutrition/scientists-just-found-that-red-meat-causes-cancer–or-did-they/ 1. Reported behavior of eating anything at anytime and risk of colorectal cancer in women : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3193565/ 2. http://www.tylervigen.com/spurious-correlations Halton, T. L., & Hu, F. B. (2004). The effects of high protein diets on thermogenesis, satiety and weight loss: a critical review. Journal of the American College of Nutrition, 23(5), 373-385. Lemon, P. W. (2000). Beyond the zone: protein needs of active individuals. Journal of the American College of Nutrition, 19(sup5), 513S-521S. Kris-Etherton, P., Daniels, S. R., Eckel, R. H., Engler, M., Howard, B. V., Krauss, R. M., … & Grundy, S. M. (2001). Summary of the Scientific Conference on Dietary Fatty Acids and Cardiovascular Health Conference Summary From the Nutrition Committee of the American Heart Association. Circulation, 103(7), 1034-1039. Lichtenstein, A. H., Ausman, L. M., Jalbert, S. M., & Schaefer, E. J. (1999). Effects of different forms of dietary hydrogenated fats on serum lipoprotein cholesterol levels. New England Journal of Medicine, 340(25), 1933-1940. Timko, C. A., & Perone, J. (2005). Rigid and flexible control of eating behavior in a college population. Eating Behaviors, 6(2), 119-125. Simopoulos, A. P. (2008). The importance of the omega-6/omega-3 fatty acid ratio in cardiovascular disease and other chronic diseases. Experimental Biology and Medicine, 233(6), 674-688. Kidd, P. M. (2007). Omega-3 DHA and EPA for cognition, behavior, and mood: clinical findings and structural-functional synergies with cell membrane phospholipids. Alternative Medicine Review, 12(3), 207. Hill, A. M., Buckley, J. D., Murphy, K. J., & Howe, P. R. (2007). Combining fish-oil supplements with regular aerobic exercise improves body composition and cardiovascular disease risk factors. The American Journal of Clinical Nutrition, 85(5), 1267-1274.

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